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Profession 21-09-2017 Par Coralie Baumard

Fintechs & assurtechs : les aiguillons de l’innovation

Maîtrise des innovations technologiques, du monde digital, de modèles alternatifs : les fintechs et les assurtechs expérimentent et modifient le business model classique. L’apparition de ces start-up force les acteurs traditionnels à se réinventer et les régulateurs à envisager des ajustements. État des lieux d’un marché en mutation.

« Oubliez tout ce que vous savez sur l’assurance », annonce Lemonade dans son slogan. La promesse de cette assurtech américaine : assurer un client en 90 secondes et payer les frais d’un sinistre en trois minutes. Après la banque et la finance, les start-up s’attaquent au monde de l’assurance en utilisant des technologies innovantes. Si toutes les sociétés n’ont pas pour ambition d’être disruptives, elles font bouger les lignes dans des secteurs matures, obligeant les acteurs traditionnels à se saisir d’un phénomène devenu international. Preuve de l’importance grandissante des assurtechs, les investissements au niveau mondial atteignent un niveau record cette année. Leur volume a augmenté de 248 % au deuxième trimestre 2017, pesant ainsi pour 985 millions de dollars selon la société d’analyse de données financières CB Insights. L’Europe n’est pas en reste. « En Suisse, les assurtechs représentent en 2016 plus de 60 % de l’investissement capital risque, qui atteint 60 millions de francs suisses », note Jean Brunet, actuaire certifié IA, fondateur d’Actuarion Consulting. Des investissements qui se doublent d’une volonté politique. « Le gouvernement suisse souhaite attirer les fintechs en facilitant les démarches d’installation. Le Conseil fédéral a récemment adopté toute une série de mesures (ordonnance sur les banques du 5 juillet 2017) visant à faciliter le lancement de fintechs. Une des décisions phares est de créer un espace d’innovation bancaire exempt d’autorisation administrative. C’est ainsi que Zoug, une ville située à quelques kilomètres de Zurich, est en train de devenir un hub mondial de crypto-monnaie », ajoute-t-il.

Innover dans les parcours clients

À travers des plateformes digitales, les start-up innovent en particulier sur la qualité de service, la formation des parcours clients… « Les fintechs et les assurtechs sont plus dans une logique de distribution que de création de produits. Une peur des banques et peut-être des assureurs à l’avenir, c’est de se retrouver dans un marché où la relation client a été monopolisée par ces sociétés », analyse Thibault Verbiest avocat spécialiste du droit du numérique, associé du cabinet DS Avocats et coauteur de Fintech et Droit. Quelle régulation pour les nouveaux entrants du secteur bancaire et financier ? (RB Édition). Face à ces nouveaux entrants, les acteurs traditionnels « sont obligés de réagir ne serait-ce qu’en termes de communication. Mais, dans la pratique, la transformation est beaucoup plus difficile pour deux raisons. La première est la dette technologique des acteurs traditionnels, qui utilisent des systèmes informatiques anciens. Le seconde vient du poids de la réglementation à laquelle ils font face et qui les empêche d’être agiles », évalue Serge Darolles, professeur de finance à l’université Paris Dauphine.

Accélérer la transformation digitale

Constitution d’un incubateur, partenariats, rachats, création de fonds d’investissement spécifiques pour tirer parti de ce bouillonnement technologique, les grands acteurs ont plusieurs cordes à leur arc. « Les fintechs nous permettent de comprendre intimement les évolutions des usages et des technologies et ainsi d’accélérer notre transformation, explique Gilles Scaramiglia, directeur du digital et de l’innovation Aviva France. Elles peuvent contribuer à notre croissance de trois manières complémentaires : tout d’abord en tant qu’experts pour nous aider à appréhender de nouveaux business. Puis en tant que partenaires pour apporter des briques « clé en main » qui s’intègrent dans notre proposition de valeur et l’enrichissent comme c’est le cas de Fundvisory, notre partenaire “robo-advisor”. Enfin, en tant que prestataires, nous avons par exemple travaillé avec des sociétés innovantes qui utilisaient l’intelligence artificielle pour répondre à la problématique de la déshérence. » La société s’est également dotée d’un fonds d’investissement spécifique de plusieurs millions d’euros. « Notre objectif n’est pas de dépenser tous azimuts ni de suivre les effets de mode, mais d’entrer au capital d’entreprises dont nous sommes convaincus qu’elles peuvent améliorer à court terme notre proposition de valeur et dont nous pouvons réciproquement accélérer le développement en leur donnant accès à nos ressources, notamment notre large base de clients », affirme Gilles Scaramiglia.

Au lieu de recourir à des partenaires extérieurs pour expérimenter, certaines sociétés ont décidé de miser sur leurs propres salariés. Société Générale Insurance a ainsi initié en juin 2016 son projet de start-up interne Moonshot-Internet. Lancée en mars 2017 et détentrice d’un statut de courtier et de société de services, Moonshot-Internet élabore des produits contextuels en BtoBtoC pour des partenaires e-commerçants. Le démarrage de l’activité commerciale est prévu dans les prochains mois. L’équipe de Moonshot a 18 mois et un budget potentiel de 6 millions d’euros pour faire ses preuves. La société, d’une dizaine de salariés, dispose désormais de ses propres locaux mais entretient des rapports étroits avec Société Générale Insurance. « Nous sommes intégrés au comité de direction avec Alban Lavril, codirecteur général de Moonshot-Internet, et nous avons mis en place des procédures allégées qui nous permettent de fonctionner comme une start-up. Nous essayons d’allier le meilleur des deux mondes. Par exemple, grâce à Société Générale Insurance, nous bénéficions au quotidien d’expertises pour anticiper au mieux la transposition du règlement général sur les données personnelles, ce qui est fondamental quand on travaille avec des e-commerçants », observe Alexandre Rispal, codirecteur de Moonshot-Internet. Le projet est un moyen pour Société Générale Insurance de disposer d’un retour d’expérience, de tester de nouvelles méthodes de travail et, si le succès est au rendez-vous, de créer à terme une usine à produits. Moonshot, une preuve pour Daniel Haguet, professeur de finance à l’Edhec, que « les assureurs sont en train d’intégrer la tendance des assurtechs plutôt que de s’opposer à elle ».

Une nécessité à l’heure où le digital permet à de nouveaux assureurs d’émerger. Alan est le premier assureur indépendant agréé par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) depuis trente ans. Il propose aux entreprises et aux indépendants une couverture santé et une offre prévoyance 100 % numérique. « Le marché de la complémentaire santé est très important, avec des utilisateurs peu satisfaits de la qualité de service. Nous pensons qu’il y a de la place pour un nouvel acteur comme Alan », indique Fabrice Staad, actuaire associé IA, vice-président Actuary and Insurance Products d’Alan. Un assureur digital qui n’a pas bénéficié d’un traitement de faveur pour obtenir son agrément, en octobre 2016. « Il a fallu présenter un dossier qui comportait toutes les garanties financières, en matière de gouvernance et de compétences, pour que l’autorité de contrôle nous le délivre. Pour cela, nous avons levé 12 millions d’euros et avons constitué une équipe mêlant assureurs et ingénieurs de premier plan », détaille Fabrice Staad. La start-up a choisi de s’entourer de partenaires expérimentés. « Nous sommes accompagnés par quelques réassureurs, notamment Swiss Re. Nous avons su nous entourer de grands noms de l’assurance de personnes, comme CNP Assurances, pour pouvoir nous développer le plus rapidement possible », annonce Fabrice Staad.

Mais, sur le marché, Alan fait figure d’exception. Pour innover, les fintechs ou les assurtechs choisissent généralement des modèles plus légers, comme le Managing General Agent (MGA) et Risk Carrier, un modèle alternatif qui leur permet de créer une structure sans être soumis aux mêmes obligations qu’un assureur. « Le MGA n’est pas un nouveau business model, mais cela permet de contourner un peu la barrière réglementaire. Ces start-up se comportent comme une agence de souscription pour le compte d’un assureur. Elles s’occupent de la conception des produits, de la définition des tarifs, de la vente. L’assureur se contente d’offrir sa capacité financière et s’occupe de toute la gestion administrative et réglementaire », détaille Jean-Luc Bourgault, Chief Underwriting Officer chez New Re. Une configuration particulièrement adaptée aux start-up digitales car elle nécessite moins de capital et de temps pour développer une affaire en assurance. « Aujourd’hui les demandes de réglementation sont plus élevées et les coûts pour obtenir un bilan également. Ce modèle alternatif devient donc plus attractif », admet Philippe Regazzoni, créateur d’une assurtech suisse.

Le MGA est particulièrement utilisé au Royaume-Uni. « De nombreuses start-up choisissent de devenir MGA notamment lorsqu’elles proposent des produits innovants ou qu’elles se concentrent sur la gestion des sinistres. Plutôt que de se comporter en simples courtiers, elles veulent et ont besoin de plus de contrôle », indique Sam White, la PDG de Pukka, un MGA britannique qui propose une solution d’assurance innovante pour les véhicules utilitaires. « Vous devez être bien financé, et le prix est élevé pour que votre projet décolle. La régulation est importante et vous devez mettre beaucoup de choses en place pour vous assurer que vous êtes bien protégé, dans un marché assez sophistiqué », précise Sam White. Si le modèle offre des avantages, trouver le bon partenaire n’est pas toujours évident. Gefion Insurance, un assureur danois spécialisé dans l’assurance des MGA, fournit le capital et porte les risques de Pukka. « Ils sont progressistes et partagent notre vision du futur. Pour un MGA, il est toujours plus difficile de trouver et de conserver une bonne capacité financière », témoigne Sam White.

« L’objectif n’est pas de créer des couches supplémentaires de réglementation »

Nathalie Beaudemoulin, coordinatrice du pôle ACPR Fintech Innovation

Franck Guiader, directeur de la division Fintech, innovation et compétitivité (FIC) de l’AMF

L’actuariel : Les start-up sont-elles une concurrence directe pour les banques et les assurances ?

Nathalie Beaudemoulin : Il existe beaucoup de jeunes pousses très créatives qui proposent de nouvelles solutions financières aux consommateurs. Mais, en même temps, la place n’est pas très large sur le marché financier français, assez mature. Les nouveaux acteurs doivent donc relever le double défi de la clientèle et de la rentabilité, sur des activités qui sont souvent de niche. Typiquement, le paiement est un secteur très innovant mais, dans le même temps, les marges y sont réduites. Dès lors, les nouveaux venus peuvent assez rapidement évoluer dans leur activité, pour offrir d’autres services financiers. Cela suppose d’y mettre les moyens adaptés, notamment pour la maîtrise des risques. C’est peut-être de ces stratégies de croissance, qui doivent être maîtrisées, que naîtront des licornes françaises.

Franck Guiader : Face aux acteurs traditionnels et même aux start-up fintechs, qui s’entendent d’ailleurs de plus en plus sur des partenariats gagnant-gagnant, la nouvelle concurrence pourrait plutôt provenir d’acteurs non financiers. En Asie par exemple, des plateformes grand public proposent dorénavant certains services financiers à l’instar de l’essor d’Alibaba et de sa filiale Ant Financial. Il faut tenir compte de ce phénomène. Notamment pour anticiper l’évolution des acteurs traditionnels et des start-up fintechs dans les prochaines années et les questions que ces acteurs non financiers pourraient nous poser.

L’actuariel : Comment se passe la supervision de ces nouveaux acteurs ? Les agréments sont-ils nombreux ?

F.G. : Globalement, ces nouveaux acteurs développent des activités souvent comparables à celles qui existaient jusqu’à présent. La supervision qui s’applique aux services qu’ils offrent est donc la même et il n’apparaît pas nécessaire de créer de statuts spécifiques. L’objectif n’est pas de créer des couches supplémentaires de réglementation mais d’en simplifier la lecture pour ces nouveaux acteurs. Éventuellement de remettre à plat des statuts qui ont été écrits à des époques différentes en dehors de la sphère digitale et qui selon les cas peuvent mériter des ajustements en termes de qualification. Il faut également permettre à ces différentes réglementations de bien s’imbriquer entre elles puisque certaines plateformes développent plusieurs types de services qui font l’objet de plusieurs statuts réglementaires.

N.B. : Tous les mois, le collège de l’ACPR délivre de nouveaux agréments, notamment dans le domaine du paiement et de la monnaie électronique, ce qui montre le dynamisme du marché français et l’ouverture de l’ACPR aux modèles d’affaires innovants. Nous accordons également le statut d’agent de service de paiement aux sociétés qui commencent leur activité en optant pour le statut d’agent de paiement d’un établissement déjà agréé. Aujourd’hui, beaucoup d’acteurs innovants débutent par ce statut d’agent car il s’obtient facilement et assez rapidement. Quand ils voient que leur produit fonctionne et qu’ils lèvent les fonds suffisants, ils passent à un statut d’établissement de paiement de plein exercice. Dans le paiement, on a une continuité des statuts, ce qui permet une proportionnalité des règles applicables à nos jeunes pousses.

L’actuariel : La réglementation doit-elle se faire au niveau européen ?

F.G. : Les nouvelles technologies peuvent poser des questions nouvelles. Lorsque nous ne parvenons pas à répondre au niveau domestique, notamment grâce au principe de proportionnalité figurant dans certains textes, qui permet de considérer la taille, la nature et la spécificité des activités, nous allons chercher des réponses au niveau européen en proposant à la Commission européenne par exemple d’étudier certaines problématiques qui nécessitent des règles harmonisées. C’est encore rare de voir des plateformes innover suffisamment pour remettre en cause la réglementation. Ce sont surtout les sujets liés aux protocoles blockchain, au big data, ou encore au recours à l’intelligence artificielle qui pourraient nécessiter d’innover dans la réglementation. Ces techniques disruptives posent en effet des questions d’éthique, de protection des données et de gouvernance notamment. Pour permettre le développement des acteurs à l’international, nous militons par ailleurs pour la création d’un passeport européen pour les plateformes faisant du conseil en patrimoine.

N.B.: Nous sommes pour un marché unique effectif des services financiers. Ce qui passe par l’harmonisation européenne. À cet égard, il est certainement temps d’harmoniser les règles applicables au crowdfunding. Cela permettrait d’avoir des règles de protection des clients homogènes en Europe et un passeport européen pour ces activités. Le statut français, le premier créé en Europe (2014), pourrait servir d’exemple car il est proportionné. Au niveau français comme européen, il faut veiller à ne pas étouffer les nouvelles activités par des réglementations disproportionnées.

Le réassureur tire son épingle du jeu

En France également, certaines assurtechs cherchent à avoir le plus de délégations possible de la part des assureurs. C’est le cas de Météo Protect, une société née en 2011, qui propose une assurance indicielle sur les risques météorologiques. Elle travaille avec de grands acteurs comme Liberty Specialty Markets, Munich Re, Axa, Swiss Re, Scor, Sompo ou Axis. « Les assureurs ou les réassureurs sont pour nous des fournisseurs de capacité, des preneurs de risques. Ils n’ont pas forcément de grandes équipes pour traiter un volume d’affaires important ou faire mûrir des clients vers un projet de couverture particulier. Il est donc important qu’en tant qu’intermédiaires nous disposions d’une capacité à préparer les prix et à avoir une idée précise des prix qu’accepteraient nos différents partenaires. Pour certains réassureurs, notre collaboration va jusqu’à une délégation d’autorité. Pour l’un d’entre eux nous possédons un statut de coverholder du Lloyds, ce qui nous permet d’accepter des contrats en son nom sans avoir à le contacter systématiquement », explique Bernard Finas, actuaire associé IA, directeur de la souscription de Météo Protect. Un partenariat qui permet à de grands réassureurs d’accéder à des marchés qu’ils ne toucheraient pas spontanément. « Leurs équipes sont focalisées sur les grands comptes et les transactions avec des montants très importants. Nous allons leur apporter un volume d’affaires constitué d’affaires de taille moyenne voire petite dans certains cas. Aucun des grands réassureurs n’ira proposer des solutions à des agriculteurs de taille moyenne comme sur nos plateformes », précise Bernard Finas. Les start-up innovantes sont donc une vraie occasion pour le réassureur d’accéder à de nouveaux segments d’affaires. « Nos clients, les assureurs traditionnels, nous cèdent de moins en moins de risques, ils ont moins besoin de réassurance parce que leurs capacités financières ont augmenté. En revanche ces nouveaux acteurs ont besoin de réassurance parce qu’il y a du risque et que leurs activités sont nouvelles. Bien souvent, ils travaillent avec un porteur de risque qui leur prête leur bilan et ce dernier a également besoin de réassurance », confie Jean-Luc Bourgault.

Vers une réglementation européenne

La question du statut reste néanmoins un point sensible entre les start-up et les acteurs traditionnels. « Ces dernières années, plusieurs statuts ont émergé. Ils n’ont pas tous été conçus pour des sociétés innovantes mais ils sont utilisés par des fintechs ou des assurtechs justement parce que ce sont des statuts légers », explique Thibault Verbiest. Le robot conseiller automatisant le conseil financier est pour le spécialiste du droit un exemple qui illustre bien cette nouvelle configuration. Conseil en placements, achats de produits financiers ou d’assurances, ces robots permettent à leurs clients de réaliser différentes activités. « Les plateformes qui les proposent bénéficient aujourd’hui de statuts très légers, considère Thibault Verbiest. Pour les produits financiers au sens strict, lorsqu’elles font simplement du conseil, un statut de conseiller en investissement financier est généralement suffisant. Si la société fait du placement en assurance-vie, comme le propose par exemple Yomoni, il faut le cumuler avec un statut de courtier en assurances. Or, en France, ce statut permet de faire de la gestion déléguée d’assurance-vie et du placement au nom du client. Aux États-Unis, le marché des robots conseillers connaît un fort essor. En France, cela reste assez limité mais cela peut tout à fait exploser. »

La Commission européenne s’est emparée de la question en organisant une consultation sur les fintechs qui s’est clôturée à la mi-juin. L’objectif étant de déterminer si le cadre réglementaire et prudentiel est adapté et quelles actions pourraient être nécessaires à l’avenir. Les changements n’en sont qu’à leurs balbutiements. 

Travailler pour une start-up, fonder sa propre entreprise… L’essor des fintechs et des assurtechs offre aux actuaires une nouvelle manière de vivre leur métier. Retour d’expériences.

L’éclosion des start-up, une opportunité de carrière supplémentaire pour les actuaires ? Christelle Dieudonné, actuaire certifiée IA en charge de la Practice Insurance and Financial Services au Groupe Aliotts Executive, en est convaincue. « Les jeunes actuaires ne sont pas les seuls concernés. Un profil senior fort d’une expérience professionnelle dans des entreprises d’assurances établies possède une bonne compréhension des enjeux business et de leurs impacts opérationnels en termes de gestion des risques. Il peut apporter une réelle valeur à une start-up. La rémunération de ces profils seniors peut constituer un point bloquant, ces structures en devenir ayant rarement les ressources pour intégrer ce type de collaborateurs. Une construction innovante du package de la rémunération (participation au capital, Long Term Incentive Plan) et de la relation contractuelle peut être un élément de réponse pour les intégrer. » Les grands groupes font toujours recette chez les jeunes actuaires. Mais les start-up ont des arguments percutants pour les séduire. « Il y a un virage actuariel qui est en train de se produire en termes de choix de carrière, d’intérêt. Les jeunes générations que je côtoie veulent avoir un impact sur la société dans laquelle elles travaillent. Les assurtechs sont une réelle opportunité pour les actuaires d’endosser le rôle de créatifs en même temps que celui de techniciens », juge Aurélien Couloumy, actuaire certifié IA, dirigeant de la société Agorisk et maître de conférences associé à l’Institut de science financière et d’assurances (Isfa).

Être au cœur du changement

Chef d’entreprise, c’est le pari d’Alexandre Hassler, actuaire associé IA. Il a fondé Lyon Re, un nouveau service d’assurance qui combine l’intelligence artificielle et la blockchain. Une entreprise née après une réflexion sur le modèle assurantiel : « Aujourd’hui on constate qu’il y a une augmentation croissante des risques avec notamment les changements climatiques et les évolutions socio-économiques. En tant qu’actuaires, nous avons la responsabilité de tester des alternatives pour résoudre ces problématiques. » Être au cœur du changement de l’assurance, c’est également la motivation de Fabrice Staad pour quitter son poste de directeur vie chez Generali et rejoindre l’équipe d’Alan, une assurance santé digitale lancée en octobre 2016, en tant que VP Actuary and Insurance Products. « Participer à la création d’une société d’assurance alors qu’on travaille dans le milieu depuis dix ans, c’est extrêmement excitant. J’avais en moi cette envie d’entreprendre mais pas forcément les outils pour le faire », analyse-t-il.

Composer avec l’absence de données

Quitter un grand groupe pour intégrer une start-up, une occasion de renouer avec les réalités concrètes du métier d’actuaire. « Lorsque j’étais responsable de la tarification IARD d’un assureur mutualiste, je supervisais les choses, présentais les résultats des travaux aux instances dirigeantes. Aujourd’hui je fabrique à nouveau. J’avais besoin de retrouver le challenge intellectuel de me frotter aux sujets et de les faire avancer directement », indique Guillaume Serdeczny, responsable de la tarification pour une assurtech suisse. Un contact avec la matière qui se double d’un défi : l’absence de données. «  Je n’ai pas accès à des données de sinistralité et cela oblige à adopter une approche un peu originale. Il faut aller chercher des données open data, de marché, interviewer des experts et empiler les hypothèses en essayant de maîtriser le niveau de fiabilité qui ressortira à la fin », explique Guillaume Serdeczny. Une appétence pour les sujets d’innovation et une aptitude à la polyvalence sont les clés pour réussir à s’intégrer dans une start-up. « Je continue à faire de l’actuariat traditionnel avec du coût moyen fréquence mais je développe aussi des modèles de data science, je m’occupe un peu de la comptabilité, du budget et du marketing », souligne Marie Huyghues-Beaufond, actuaire certifiée IA, responsable de l’actuariat et de la datascience au sein de Moonshot-Internet. Dans une start-up, pas de tour d’ivoire. Pluridisciplinaire, l’actuaire doit faire le pont entre les différents services. Mais également accepter que l’univers des start-up soit compliqué : l’intégrer est un risque et la réussite n’est pas toujours au rendez-vous.

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