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14 juin 2011

Des risques sous observation

Partant du principe que les risques émergents d’aujourd’hui ne sont pas ceux de demain, chaque acteur assure sa propre veille, dont la référence est incontestablement le rapport annuel du World Economic Forum.

Depuis 2006, le World Economic Forum publie Global Risks1, un rapport annuel réalisé après consultation de 580 dirigeants et leaders d’opinion à travers le monde. Ce rapport s’impose aujourd’hui comme la bible des risques émergents.

L’édition 2011 met l’accent sur deux risques « particulièrement importants du fait de leur impact et de leur interconnexion » : les disparités économiques (entre pays et à l’intérieur même de chaque pays) et les défaillances de la gouvernance mondiale.

En marge de ces deux risques transverses, le World Economic Forum détaille trente sept risques regroupés en trois grandes familles :

  • les déséquilibres macroéconomiques : endettement des pays développés, volatilité des monnaies, crise financière ;
  • l’économie illégale : crime organisé, corruption, commerce illicite, fragilisation des États ;
  • la pénurie de ressources (eau, alimentation, énergie) : la croissance de la population et de ses besoins rend la pression sur ces ressources insupportable.

Enfin, cinq risques « à suivre » sont particulièrement détaillés : la cybersécurité ; le défi démographique ; la sécurité énergé-tique ; le protectionnisme et l’isolationnisme ; les armes de destruction massive.

Néanmoins, la typologie des risques émergents développée par le World Economic Forum ne correspond pas forcément à la vision et à l’activité d’un assureur ou d’un réassureur.

Identifier le potentiel de catastrophe

Tous les grands groupes se sont ainsi dotés d’une équipe et/ou d’un processus d’analyse et de surveillance des risques émergents. Chez Axa, l’équipe Risques émergents (Jean-Noël Guye et Florence Thévenot) a mis en place un système de veille lui permettant « de repérer le buzz, d’identifier des risques potentiels, de valider leur pertinence et de faire émerger des données quantitatives », explique Florence Thévenot. Ces risques peuvent avoir une survenance rapide (terrorisme, pandémie) ou plus lente (amiante, changement climatique), un niveau d’exposition global (ondes électromagnétiques, nanotechnologies) ou plus circonscrit (terrorisme, nucléaire)… « Nous devons tous les prendre en compte en ne perdant jamais de vue l’objectif : identifier leur potentiel de catastrophe. »

Afin d’identifier et de suivre les risques émergents, le réassureur Scor a également créé un outil de veille, ScorWatch. « C’est un élément essentiel de notre stratégie, explique Philippe Béraud, directeur adjoint de l’audit interne groupe. Il s’agit d’un moteur de recherche spécialisé, enrichi par nos documentalistes, qui émet des alertes quotidiennes thématiques dans l’ensemble du groupe. De plus, nous avons créé un blog interne, alimenté à la fois par les membres du réseau Risques émergents et des observateurs spécialisés. » Les 1 600 collaborateurs du groupe sont mobilisés : « Cela fait même partie de leurs objectifs professionnels. » C’est ainsi que le réassureur a identifié et scoré 82 risques de nature et d’ampleur très diverses grâce à une méthode d’observation reposant sur un double niveau d’analyse. D’abord l’impact du risque sur les engagements, les actifs et la réputation de l’entreprise : il est considéré comme hypercritique s’il pèse plus de 5 % du capital disponible (soit 230 millions d’euros), critique entre 1 et 5 % du capital disponible, non critique à moins de 1 % et négligeable à moins de 10 millions d’euros. Mais Scor a aussi mis en place une analyse graphique s’appuyant sur une étoile à sept branches dont chacune correspond à une caractéristique de risque (incertitude juridique, incertitude temporelle, couverture géographique, impact sur les actifs, etc.).

“Les risques émergents sont un pur produit de l’activité humaine“

« La corrélation entre tous ces risques rend leur observation de plus en plus complexe, observe Philippe Béraud. Le désastre japonais en est la plus récente illustration : tremblement de terre, tsunami, accident nucléaire… On voit que les risques peuvent s’additionner, et même se multiplier. » A fortiori dans une économie globalisée : à la suite de la catastrophe japonaise, certaines industries occidentales ont dû interrompre leur production pour cause de rupture de stock sur des pièces (électro-niques notamment) exclusivement produites au Japon. Ce qui fait dire à Hervé Juvin, président d’Eurogroup Institute : « Notre modèle d’organisation globalisé et à flux tendus est en lui-même un risque majeur. Il peut générer des pénuries d’alimentation ou d’énergie de grande ampleur. » Et de conclure : « Les risques émergents sont un pur produit de l’activité humaine. Sur ce point, je suis en complet désaccord avec le philosophe Luc Ferry, qui considère que la nature reste notre principal danger. Au contraire, le risque, c’est l’homme. »

Sabine Germain

1. Global Risks 2011, Sixth Edition : an initiative of the Global Response Network, World Economic Forum, janvier 2011, 131 pages, téléchargeable sur http://riskreport.weforum.org

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