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15 septembre 2015

Entretien avec Henry Bovy

Encadré

"Notre métier est d'essayer de quantifier l'incertitude"

Henry Bovy

Global Cat Analytics chez Scor

 

L’actuariel : Comment appréhendez-vous les risques climatiques chez Scor ?

Henry Bovy : C’est un sujet très important puisque 70 %  de nos expositions aux catastrophes naturelles sont liées  à un aléa climatique sous-jacent. Notre département Cat Nat est composé d’une trentaine de personnes réparties  dans le monde, dont les profils sont variés : actuaires, scientifiques, ingénieurs, climatologues, spécialistes  des systèmes d’information géographique…

L’actuariel : Quels sont les éléments pris en compte  dans la modélisation ?

H.B. : Nous essayons de décomposer la modélisation  en trois composantes indépendantes, les aléas, les vulnérabilités et une description très détaillée des expositions au sens assurantiel du terme : qu’est-ce qui est assuré ? Où se situent les risques ? S’agit-il de risques résidentiels ou industriels ? Quelles sont les garanties couvertes ? Quels sont les montants de ces garanties ? Sont-elles limitées par rapport aux aléas ? Est-ce que cela inclut une interruption d’activité (Contingent Business Interruption, CBI) chez les fournisseurs comme  lors des inondations en Thaïlande ? En rassemblant l’ensemble de ces éléments, nous parvenons à comprendre d’où vient le risque et nous pouvons analyser la sensibilité des résultats modèles à chacune de ces composantes.

L’actuariel : Quelles sont les difficultés ?

H.B. : L’aléa climatique standard comprend de nombreuses incertitudes. Mais il est possible de mesurer des tendances directionnelles, tout en restant humble en raison des incertitudes sous-jacentes au sujet. Ainsi, une partie de notre travail  est d’évaluer des pertes maximales sur des périodes de retour de 100 à 250 ans. Or, pour obtenir des modèles extrêmement fiables, il faudrait un retour d’expérience de 2 000 ou 3 000 ans… Ceci laisse donc pas mal de place aux incertitudes !  

L’actuariel: Que dire de l’impact du réchauffement climatique ?

H.B. : Nous sommes aujourd’hui assez bien outillés,  avec un nombre croissant de modèles bien renseignés  sur les expositions et la façon de représenter les risques.  Mais il reste des incertitudes résiduelles. Il existe  des scénarios sur la variation moyenne des températures  mais il faut savoir comment cela se traduit dans les extrêmes. 

L’actuariel : Et comment, dans ces modèles,  intégrer la corrélation des événements ?

H.B. : Les corrélations ne sont pas évidentes à mesurer, surtout quand elles se superposent à un signal dont la sévérité  est incertaine. Il faut traiter ces informations avec prudence.  Car si on corrèle de l’incertitude à de l’incertitude, il devient plus complexe, voire impossible, de comprendre  ce qu’il se passe. D’où l’importance d’isoler et de maîtriser  les trois composantes citées ci-dessus.

Propos recueillis par Florence Puybareau

 

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