Liste des articles
Vue 204 fois
12 mars 2014

Interview de Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures

Interview

Interview de Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet Facts & Figures

l'actuariel : Quelle est la mission les assureurs dans l’économie ?

On se trompe de débat lorsqu’on affirme que les compagnies d’assurances sont dans leur rôle quand elles soutiennent l’économie réelle, quand elles annoncent qu’à tel horizon, elles auront tel poids dans son financement. Le rôle légitime de financement de l’économie relève des établissements financiers, des acteurs institutionnels, de l’État. Mais certainement pas des assureurs. Leur mission, c’est de générer des actifs et de les placer, en respectant les règles prudentielles, dans des classes qui garantissent le meilleur ratio rendement-risque-liquidité et donc la meilleure performance économique. Pas de financer les abattoirs de Bretagne ou les usines en dépôt de bilan dans le sud de la France.

l'actuariel : Ils sont pourtant de facto des soutiens de l’économie…

Cela tient à plusieurs facteurs. Historiquement, les assureurs ont massivement investi dans les obligations souveraines françaises. Si cet appétit s’est tassé à mesure que le rendement des OAT baissait, celles-ci restent substantielles dans le volant d’actifs des assureurs. Lors de la vague de « nationalisation » des obligations souveraines qui a suivi la restructuration de la dette grecque et la crise des « PIIGS », les assureurs ont globalement cessé d’acheter des obligations souveraines étrangères et ont pu racheter des obligations souveraines françaises. Mais leur intervention dans le financement de l’économie répond avant tout à des motifs d’opportunités de placement. Si Allianz est entré dans le financement de la rocade de Marseille, si la CNP a pris des participations dans le réseau de transport du gaz, c’est parce que c’est jugé financièrement rentable. Les assureurs n’ont pas attendu les injonctions des pouvoirs publics en 2013 pour diversifier leurs classes d’actifs. Le mouvement d’élargissement remonte à la chute des OAT en 2012 (- 80 cts).

l'actuariel : Faut-il encourager les assureurs à investir dans les PME et les ETI ?

Quand on cible les grandes entreprises, la prospection se limite à quelques centaines de structures, qui plus est suivies par les agences de notation. L’investissement dans les PME, les ETI et, de manière plus générale, dans les entreprises non cotées s’avère beaucoup moins simple du fait du nombre considérable de dossiers à étudier et de la relative modestie des besoins d’investissements – de quelques dizaines à quelques centaines de millions d’euros, partagés en outre par plusieurs acteurs. Tout cela induit du temps – beaucoup de temps –, un suivi scrupuleux et la constitution d’équipes à l’avenant. En fait, pour les assureurs, il s’agit véritablement d’un nouveau métier, que seules une dizaine, une quinzaine au maximum, de compagnies seront en capacité d’assumer.

Propos recueillis par Muriel Jaouen

Articles liés