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19 mars 2018

Interview de Nicolas Boudinet, directeur général adjoint de la MAIF, en charge de la stratégie du gr

Interview

« La MAIF n’a pas fait le pari du regroupement »

Quel est votre regard sur les regroupements qui s’opèrent dans le secteur des mutuelles ?

Nicolas Boudinet : Il faut distinguer deux marchés : celui des mutuelles santé, très atomisé et qui est dans un mouvement de concentration très fort, et celui des mutuelles d’assurances dommages, qui a déjà connu des regroupements. Dans tous les cas, la pression réglementaire et la recherche de la taille critique a rendu les rapprochements inévitables. Aujourd’hui, nous sommes aussi sur un marché qui peut être attaqué par d’autres acteurs et qui se rétrécit ou va se rétrécir, du fait de la diminution de la masse assurable liée à l’émergence de la voiture connectée par exemple. Il faut donc trouver de nouveaux relais de croissance. Le choix a été fait par certains d’un regroupement, pour aller chercher des effets de taille et devenir des industriels de l’assurance, y compris en se mettant derrière des gros opérateurs type Amazon ou Google, qui vont chercher des partenaires.

Tel n’est pas votre choix à la MAIF ?

N. Boudinet : Pas à ce stade en effet. Nous pensons que trouver de nouvelles activités passe par le fait d’avoir une marque forte. C’est le pari que nous avons fait. Et nous croyons que les raisons pour lesquelles nous sommes reconnus sur notre métier d’assureur aujourd’hui peuvent nous permettre de développer d’autres activités demain. Dans ce contexte, nous pensons pouvoir cheminer seuls sans chercher forcément à fusionner avec d’autres.

Ne passez-vous pas à côté d’opportunités de développement ?

N. Boudinet : Clairement non. Les rapprochements sont souvent des opérations complexes, qui prennent beaucoup de temps et d’énergie là où nous avons besoin d’aller vite et de concentrer nos forces sur l’exécution de nos projets. Nous sommes convaincus que, dans la période que nous vivons aujourd’hui, l’agilité est un atout majeur et que la taille ne protège pas. Évidemment, ça ne veut pas dire que nous n’allons pas travailler avec d’autres acteurs à travers des partenariats, au contraire.

Comment, dans ces conditions, allez-vous adresser les enjeux actuels de votre secteur ?

N. Boudinet : Nos axes d’innovation et de développement vont vers les nouveaux services, soit connexes à l’assurance, soit plus lointains. Par exemple, nous venons de sortir une application, Nestor, destinée à la gestion budgétaire. Pour les clients multibancarisés, l’application permet d’agréger tous les comptes bancaires et de donner une vision globale de sa situation financière au client, ce qui l’aide à mieux gérer son épargne et son patrimoine. Nous avons été l’un des premiers à sortir ce type d’outil sur le marché. Parmi les sujets plus lointains, on peut aussi envisager le développement de services aux entreprises dans le domaine de la formation professionnelle, par exemple, ou imaginer d’aller jusqu’à une assurance « employabilité ». C’est un projet que nous avons évoqué avec certains grands comptes, et il a été très bien accueilli.

Ne perdez-vous pas en légitimité en allant sur ce terrain-là ?

N. Boudinet : Aujourd’hui, l’employabilité est un véritable enjeu de nos sociétés. Parallèlement, nous nous sommes rendu compte 

qu’on nous demande de plus en plus de développer des outils dans le domaine de l’éducation et de la formation. Pour ce qui est de la légitimité, pour nous MAIF, mutuelle des instituteurs à l’origine, l’éducation et la formation sont au cœur de notre ADN.

Quels sont vos projets sur les terrains plus traditionnels ?

N. Boudinet : Nous pouvons aussi développer des partenariats classiques et historiques comme celui que nous avons avec la MGEN et d’autres mutuelles autour d’Inter Mutuelles Assistance, notre filiale commune. On peut faire de belles choses sans bouleverser la gouvernance des mutuelles.

Quid de l’essor des assurtechs ?

N. Boudinet : Au travers d’Altima, notre filiale d’innovation, nous avons lancé plusieurs initiatives très indépendantes dans ce domaine ; par exemple des partenariats avec des start-up qui font de l’évaluation de biens. Cela dit, notre conviction est que l’innovation vient aussi du contact avec le marché. Quand on a une idée, on se lance, on la met en œuvre et on voit ce que cela donne.

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