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15 mars 2017

Julien Maldonato, directeur Fintech Disruptors chez Deloitte

Interview

« L’ACPR est claire : la responsabilité incombe à l’assureur et non à l’éditeur »

l’actuariel : La robotisation de l’assurance va-t-elle bouleverser les modèles économiques et le paysage concurrentiel du secteur ?

Julien Maldonato : D’une part, la sophistication des modèles actuariels grâce aux algorithmes devrait entraîner une pression à la baisse sur les marges. Les modèles hyper-personnalisés proposeront une couverture du client à sa juste valeur. La garantie, qui coûtera à peu près pareil partout, sera peu ou pas rentable. La différentiation se fera sur le service et la prévention.

D’autre part, si on considère l’hypothèse d’un assouplissement de la réglementation, les géants du web représentent une menace colossale pour les compagnies d’assurances. Les GAFA (NDLR : Google, Apple, Facebook, Amazon) et leurs équivalents asiatiques BATX (NDLR : Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) avancent à pas de géant dans la collecte de données et la conception d’algorithmes. Ces groupes technologiques pourraient par exemple séquencer votre ADN et analyser les 21 téraoctets de données qu’il contient. En outre, à l’aide d’objets connectés, ils pourraient évaluer votre état de santé en continu et vous proposer une gestion du risque hyper-personnalisée.

l’actuariel : Comment les actuaires doivent-ils se former pour rester à la page à l’ère de l’intelligence artificielle ?

J.M. : Les masters en actuariat ont un train de retard. Les algorithmes auxquels ils forment les étudiants sont déjà datés, ils ne font pas partie de la dernière génération de deep learning (réseaux de neurones convolutifs). Il faut accélérer le mouvement pour rester dans le train des innovateurs qui construiront l’assurance du futur.

En outre, il convient de mettre en place des programmes de formation perpétuelle afin que tous les actuaires puissent collaborer avec les dernières technologies cognitives. Les fractures numériques au sein des entreprises vont continuer à s’aggraver, il va falloir y remédier en menant des efforts conséquents de formation.

l’actuariel : Qui va assumer la responsabilité en cas d’erreur de la machine ?  L’assureur ou le concepteur de l’algorithme ?

J.M. : Trois dimensions conditionnent le progrès de l’intelligence artificielle : la capacité de traitement des machines, la permissivité du régulateur et l’éthique. On assiste clairement à un transfert de responsabilité vers la machine. En radiologie, par exemple, l’œil du médecin est dépassé par la capacité de la machine à détecter le volume ou la densité d’une tumeur maligne. Dans certains cas, le radiologue est dépassé et n’a pas d’autre choix que de faire confiance au diagnostic du robot.

Cela dit, pour revenir à l’assurance, même si certaines compagnies externalisent la conception des algorithmes, la décision finale continue de leur appartenir. L’ACPR est très claire là-dessus : la responsabilité incombe à l’assureur et non à l’éditeur. Dans une optique de partage des risques, certains contrats entre des assureurs et des fournisseurs d’algorithmes sont indexés à des indicateurs de performance : équilibre technique de l’assureur, collecte de primes, nombre de clients.

En tant qu’éditeurs de logiciels, les fournisseurs d’algorithmes sont couverts par les garanties de responsabilité civile professionnelle. Avec la robotisation, le marché de la RC pro des éditeurs devrait croître fortement à l’avenir.

Propos recueillis par Thomas Lestavel

* Directeur du conseil en transformation digitale pour les institutions financières, il accompagne depuis une quinzaine d’années les acteurs de la banque et de l’assurance sur les problématiques de mobile, Big Data, intelligence artificielle, objets connectés et blockchain.

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