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14 octobre 2015

Ce que dit la médecine

Encadré

 

«Toute mort avant 120 ans est prématurée ! », affirme le docteur Frédéric Saldmann, auteur entre autres d’un best-seller sur l’art du bien vieillir1. Coup médiatique, médecine-fiction ? Pas tant que ça. Les chercheurs, dans le secret de leurs laboratoires, ne cessent de faire reculer les limites de la longévité humaine grâce aux progrès de la génétique, de la thérapie cellulaire, de la biologie, voire de la robotique… Des recherches scientifiques récemment accélérées par l’afflux de dollars venus de quelques milliardaires américains qui, après avoir conquis le monde via Facebook ou Google, veulent désormais décrocher l’immortalité.

Alors, pourra-t-on considérer à brève échéance qu’il est « prématuré » de mourir avant l’âge respectable de 120 ans ? Un chiffre qui donne la mesure des progrès accomplis, si l’on se souvient que Jeanne Calment, considérée comme l’une des doyennes de l’humanité, était âgée de 122 ans à son décès en 1997. 

« L’idée de tous les auteurs, depuis le xviiie siècle, est que les vieux ne peuvent pas vivre plus longtemps qu’ils ne vivent », explique Jean-Marie Robine, démographe et chercheur à l’Inserm. « On considérait que l’horizon inatteignable de la longévité, en quelque sorte, était de 85 ans, un chiffre qui plaisait bien et qu’on retrouve fréquemment dans la littérature. Et que, par conséquent, on ne pouvait faire des gains de longévité qu’en réduisant la mortalité infantile ou encore la mortalité prématurée », celle qui frappe les adultes encore « dans la force de l’âge ». Des décès prématurés qui sont souvent liés à l’obésité, au tabac, à la consommation d’alcool…

La « révolution cardiovasculaire » démarrée dans les années 1970, c’est-à-dire l’ensemble des progrès médicaux et des mesures comportementales destinées à favoriser une meilleure hygiène de vie, a permis de réduire cette mortalité « prématurée ». Parallèlement, les comportements à risque (accidents de la route, alcoolisme…) ont été limités par des campagnes de prévention ou des mesures plus répressives qui ont effectivement fait reculer la mortalité.

La lutte contre les cancers concentre l’attention

Aujourd’hui, c’est la lutte contre les cancers qui est au centre de l’attention et qui apparaît prioritaire. D’importantes avancées médicales sur les tumeurs pourraient avoir une incidence importante sur la longévité de la population, plus que pour n’importe quelle autre maladie. Et ce d’autant plus que, selon les spécialistes, la lutte contre les cancers impacte aussi favorablement celle contre d’autres pathologies, comme certaines maladies neurodégénératives.

Mais d’autres facteurs de mortalité apparaissent, qui font pencher la balance dans l’autre sens : la résistance aux antibiotiques, si elle devait s’accroître, aurait un impact négatif sur la longévité. De même que les données environnementales, comme la pollution, les épidémies…

Reste que le gage d’une longue vie ne repose pas que sur les progrès attendus de la science. Chacun d’entre nous, à son niveau, peut retarder la montre. « Ce qui compte pour allonger la vie, c’est bien sûr la recherche médicale, mais cela ne compte pas plus que de bonnes conditions de vie, de travail ou d’alimentation », souligne Jean-Marie Robine. En attendant l’arrivée sur le marché de « médicaments miracles », tels que la metformime, qui fait l’objet d’un essai clinique, ou d’« organes de rechange » venus des biotechnologies, les conditions pour vivre longtemps sont assez basiques : avoir une alimentation adaptée à son âge, conserver une activité intellectuelle et physique, supprimer le tabac, se préserver du soleil et de la pollution… et avoir la chance d’échapper à une mort accidentelle. Une approche qui ne peut que confirmer, pour les assureurs, l’importance qu’il y a à avoir une connaissance fine des modes de vie des individus au travers, par exemple, des avancées permises par le Big Data.

1. Prenez votre santé en main, F. Saldmann, Éditions Albin-Michel, avril 2015, 288 p., 19,50 euros.

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