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16 septembre 2016

L’assurance collaborative : les mutuelles du XXIe siècle ?

Encadré

En plein développement de l’économie collaborative, l’assurance a sa carte à jouer. Les usagers aussi, par exemple à travers la mutualisation des frais… Explications.

 

Et pourquoi ne pas faire pot commun pour payer ses assurances, comme on partage sa voiture, son appartement ou encore sa perceuse ? Il s’agirait alors de se réunir à plusieurs pour assumer le coût de la franchise en cas de sinistre, et même éventuellement de s’auto-assurer collectivement. Avec une carotte à la clé : récupérer tout ou partie de sa mise, si l’année s’est déroulée sans pépin majeur.

Cette idée de partager avec une communauté (sa famille, ses voisins ou de parfaits inconnus) la couverture d’un risque, c’est la philosophie de l’assurance collaborative, ou « crowdinsuring ». Une forme d’assurance qui commence à émerger en France, après le « crowdfunding », ou financement participatif. Ce modèle fonctionne déjà bien en Allemagne, par exemple, où l’acteur majeur est Friendsurance, ou au Royaume-Uni. En France, quelques « assurtech » sont apparues sur ce marché, comme Inspeer ou Otherwise. « L’assurance est déjà collaborative par essence », remarque Emmanuelle Mury, cofondatrice d’Inspeer aux côtés de Louis de Broglie. « Ce que l’on propose, c’est de revenir aux bases de l’assurance, remettre les assurés au cœur de leur assurance ». Car, selon elle, l’assurance « est plutôt vécue comme une taxe » et les assurés ont totalement occulté la dimension de mutualisation.

Deux start-up françaises essaient de percer

Inspeer permet donc aux clients de mutualiser leur franchise d’assurance avec leurs proches. En cas de sinistre, le coût de la franchise repose donc sur la communauté au lieu d’un individu seul. Quand un autre membre de la communauté sera victime d’un sinistre, il verra à son tour la franchise acquittée par ses pairs… Ce modèle, financé par une commission sur les flux versée uniquement en cas de sinistre – les assurés ne paient rien s’ils ne subissent aucun sinistre – permet de ne pas changer d’assureur, puisque seule la franchise est concernée par la mutualisation. Première start-up du genre en France, créée en février 2014 avec l’appui de plusieurs partenaires reconnus (Paris Region Lab, Bpifrance, France Innovation…), Inspeer a toutefois du mal à trouver son marché. « C’est un produit difficile à vendre, pour lequel nous avons détecté des problématiques marketing », reconnaît Louis de Broglie. Plus concrètement, ce n’est pas encore dans les habitudes des Français de proposer à leur famille ou à leurs amis de partager leur franchise en cas d’accident de voiture !

Cécile Mérine, actuaire qualifiée IA, venue de SwissLife pour créer sa start-up avec son associé Raphaël Berger, ex-Areva, croit aussi dur comme fer que le collaboratif est l’avenir de l’assurance. Leur société, Amalfi, doit lancer ces jours-ci une offre inédite jusqu’à présent en France : les sinistres fréquents d’un montant faible (« risque attritionnel ») sont couverts par la communauté, les autres, qui nécessitent une surface financière et une capacité de mutualisation plus importantes, par les assureurs traditionnels. « L’idée, c’est que l’assuré est responsabilisé, et qu’il récupère une partie de sa prime s’il est vertueux », explique Cécile Mérine. Dans ce modèle, c’est l’entreprise qui « constitue » les groupes d’individus qui vont être mutualisés, en fonction de leur type de comportement ou de leur profil. Amalfi (qui lancera son offre commerciale sous le nom d’Otherwise) ne se contente pas de cette approche « technique » : la plus-value de la plateforme viendra de la prévention, adaptée à chacun des groupes et qui permettra de générer des comportements de plus en plus vertueux. Cette prévention passera par l’animation communautaire (forums d’échanges entre assurés, blogs, accès à des produits et services à visée préventive…) et s’appuiera aussi sur les objets connectés. De quoi « aider les gens à gérer leur risque » et les responsabiliser.

« Ce type de système présente de multiples vertus », souligne Anne Douang, consultante chez Deloitte, qui cite notamment la « diminution des risques de fraude, une meilleure sélection des risques et la diminution des coûts d’acquisition de nouveaux clients grâce à la composante communautaire ». De plus, les courtiers pourront négocier pour le compte d’une communauté les meilleurs tarifs auprès des assureurs. Si « de nombreux assureurs s’intéressent au sujet et voient dans cette collaboration avec l’insurtech une occasion de tester de nouveaux modèles », comme le rapporte Cécile Mérine, d’autres assureurs, eux, se montrent pour l’instant beaucoup moins enthousiastes face au peer-to-peer (un individu, et non une collectivité, accepte, éventuellement via une plateforme, d’assurer un autre individu). D’une part ils courent le risque de perturber la visibilité de leur offre, d’autre part cela revient un peu à s’aventurer en terre inconnue. « Cela nous simplifierait la tâche si les assureurs étaient plus réactifs et prenaient plus de risques », renchérit Louis de Broglie. Sans compter que, là comme sur l’assurance des activités collaboratives, le cadre réglementaire reste flou. En effet, la création d’un « Pôle Fintech Innovation » par l’ACPR date du 1er juin dernier, pour analyser l’impact et le statut juridique de ces nouvelles formes d’assurance. Pourtant, conclut Julien Maldonato, « même si l’assurance peer-to-peer n’est pas la seule réponse aux enjeux de l’économie collaborative pour les assureurs, elle mérite une réflexion de leur part sur leur modèle actuel : les assurés ont besoin de se réapproprier l’offre assurance, car ils ont du mal à en percevoir la création de valeur ». À leur création au milieu du XXe siècle, les mutuelles ont elles aussi eu du mal à s’imposer dans le paysage assurantiel…

Béatrice Madeline

 

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